Conversion E85 Flex Fuel
Rouler au superéthanol avec un V8 américain, dans les règles : calibration du calculateur, injecteurs dimensionnés et capteur d'éthanol. Pas de boîtier.
Le superéthanol
Le superéthanol E85 est vendu en France depuis 2007. C'est un mélange de bioéthanol, produit presque entièrement à partir de betterave et de céréales françaises, et d'essence sans plomb. Sa teneur en éthanol varie avec la saison : jusqu'à 85 % en été, au moins 65 % en hiver.
Pourquoi il faut une calibration
L'éthanol ne brûle pas comme l'essence. Pour obtenir le bon mélange (lambda 1), il faut environ 14,7 volumes d'air pour un volume de SP95 ou SP98, 14,1 pour l'E10, et seulement 8,9 pour de l'éthanol pur. Rouler à l'E85 demande donc 20 à 35 % de carburant en plus selon la teneur, et une avance à l'allumage différente.
Et si on met de l'E85 sans rien changer ?
Un calculateur d'origine sait corriger seul un écart de mélange d'environ 25 %. Au-delà, le voyant moteur s'allume avec les codes P0174 et P0175 (mélange trop pauvre sur chaque rangée de cylindres). Surtout, il ne corrige jamais l'avance tout seul. Et tourner pauvre peut être catastrophique : cliquetis, détonations, segmentation abîmée, joint de culasse détruit.
Et le reste du circuit ?
Les véhicules postérieurs à 1999 doivent accepter l'E10 : durites et composants du réservoir sont en général compatibles. L'E85 est cependant plus détergent que l'essence : sur un véhicule kilométré, nous conseillons de changer le filtre à essence après 500 à 1 000 km (sur les modèles à pompe non immergée).
Les boîtiers E85
On trouve beaucoup de boîtiers E85 dans le commerce. Branchés sur les injecteurs ou le débitmètre, ils trompent le calculateur pour enrichir le mélange, en général de 5 à 10 % seulement. Et aucun ne touche à l'avance. Le meilleur test : enregistrer des logs avec le boîtier, puis débranché. Notre approche est différente : nous reprogrammons directement le calculateur d'origine.
Les injecteurs
Les injecteurs sont généralement dimensionnés pour travailler à 75 ou 80 % de leur capacité au régime de puissance maximale. Avec 20 à 35 % de carburant en plus, ils arrivent vite en butée : sur un Hummer H2 converti à l'E85, les injecteurs d'origine atteignent leur limite à 4 200 tr/min en pleine charge.
Certains moteurs partagent leurs injecteurs avec des versions plus puissantes, ce qui évite de les changer : les Vortec 5.3 des Tahoe et Suburban ont les mêmes injecteurs que le Vortec 6.0 du Hummer H2 des mêmes années, et les LS3 des Camaro et Corvette les mêmes que le LS7 de la C6 Z06.
Le capteur d'éthanol : le vrai flex fuel
La teneur en éthanol varie selon la pompe et la saison, et le réservoir peut contenir un mélange de sans-plomb et d'E85 : le calculateur ne peut pas deviner ce qu'il brûle. La meilleure solution est d'ajouter un capteur de teneur en éthanol relié au calculateur. Le véhicule s'adapte alors en permanence au mélange présent : il devient flex fuel, et vous faites le plein de ce que vous voulez.

Sur un moteur suralimenté
Avec un turbo ou un compresseur, l'E85 prend tout son intérêt : son indice d'octane très élevé permet plus de pression et plus d'avance, avec des températures plus basses. Sur le Ford Ranger Raptor, l'E85 fait passer la calibration de 455 à 467 ch, sans dépasser 85 % de la capacité des injecteurs d'origine.